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Eva Nielsen

Eva Nielsen

Mélange de peinture et de sérigraphie, les toiles
d’Eva Nielsen montrent des paysages, des non-lieux le plus souvent, inspirés de la banlieue parisienne ou de déserts urbains californiens. Aujourd’hui, son travail s’affirme et s’affine de plus en plus, à travers de nouvelles orientations, de nouveaux choix de peinture.

Lorsqu’on connaît la peinture d’Eva Nielsen, et qu’on lui rend visite dans son atelier de l’Est de la région parisienne, le paysage que l’on voit par la fenêtre du RER procure un fort sentiment de déjà-vu. Ou plutôt, il éclaire rétrospectivement tout son travail, en révèle très précisément les sources d’inspiration, d’un château d’eau en béton à un vieux bâtiment en forme d’échauguette. Mais il a fallu plusieurs années à Eva Nielsen, depuis son passage à l’Ecole des beaux-arts, pour retrouver le chemin de son enfance, ces paysages industriels qui s’étagent dans des camaïeux de gris. Comme un romancier portraiture souvent des personnages réels, peut-être un peintre ne s’intéresse-t-il jamais qu’à l’univers qui l’entoure. En quelques années, l’œuvre d’Eva Nielsen s’est construite dans une grande cohérence, pourtant sans cesse mise en danger à force de travail, par des évolutions, de légers changements d’orientation qui font toute la richesse de ces tableaux. 

Des paysages, Eva Nielsen peint des paysages, des friches de banlieues. La Californie où elle a voyagé l’a également inspirée pendant un temps. Peut-être parce qu’ils sont plus forts, elle peint surtout des fragments de paysages, ici une sorte de tour de Babel, là une façade de bâtiment en verre, au point que parfois, on ne sait pas très bien de quoi il s’agit. Par exemple, l’un de ses tableaux les plus récents représente le mur extérieur d’une maison d’architecte, mais on pense d’abord à des motifs (ingrats) de l’architecture des grands ensembles : façades de briques à caissons, reliefs installés pour empêcher les sans-abri de s’asseoir en bas des immeubles. La figuration, chez elle, n’a d’importance que relative. Plus essentielle en revanche est la question de la mise au point faite sur un morceau de bâtiment, sur l’arrière-plan d’un paysage, sur une touffe d’herbe ou une branche d’arbre. Dans ces tableaux, jamais de personnages, pas non plus de natures mortes. Peut-être parce qu’on ne peut jamais représenter un objet : vanités ou bouquets de fleurs ne sont-ils pas toujours des paysages ? Telles sont les questions qu’Eva Nielsen aime à soulever, et à laisser sans réponse.

Ses paysages sont toujours barrés, ou bloqués par toutes sortes d’écrans faits en sérigraphie qui dévorent une partie de la toile. Au sens propre comme au sens figuré, ces aplats de noir opaques sont des supports de projection, des fenêtres sur le monde qui fonctionnent comme des caches ou des révélateurs. Ils se composent de strates de matière et d’image, comme ce tableau dans lequel est représentée une fenêtre murée, avec un éclat de peinture qui dégouline du morceau de contreplaqué obturateur. La ligne d’horizon, qu’elle soit visible, dissimulée ou perturbée - ce qui est souvent le cas -, est toujours un sujet de préoccupation majeure, comme pour inciter à regarder un paysage derrière une montagne.

 

 Alléger la matière

Avec le temps, et la maîtrise qu’elle a acquise de ses outils, Eva Nielsen est aujourd’hui en train d’affiner un certain nombre des principes plastiques qu’elle a mis en place. Dans ces premiers tableaux, elle peignait d’abord, puis sérigraphiait ses toiles ou ses feuilles de papier, laissant apparaître un très fort contraste de couleur et de matière, au sein d’une même œuvre, entre une technique et l’autre. Depuis peu, elle procède à l’inverse : la peinture recouvre des zones sérigraphiées bien plus claires, plus transparentes et moins circonscrites que dans les anciennes œuvres. On dirait des surfaces abimées, comme vues à travers une vitre sale avec de petites imperfections, de légères poussières (c’est à partir d’une photographie prise derrière une fenêtre sale que les premiers tableaux de cette série ont été réalisés). Dans ce cas, la sérigraphie se mêle d’une manière presque homogène à la peinture qui est parfois travaillée, presque raclée au chiffon (comme on le fait justement en sérigraphie).

Autre orientation nouvelle, d’autres tableaux sont couverts d’une impression légère, en all over, qui couvre et brouille toute la surface de la peinture. Pour ses dessins préparatoires à l’aquarelle ou à l’acrylique, Eva Nielsen a même utilisé une imprimante grâce à laquelle elle a « posé » une grille d’encre discrète sur plusieurs paysages. Des jeux de lumière et de transparence semblables, émanent des tableaux réalisés selon ces deux méthodes, en sérigraphie et à l’imprimante, et donnent toute leur cohérence à ces recherches.

De plus en plus, Eva Nielsen joue avec les formats de ses toiles en peignant des diptyques qui peuvent à la fois être accrochés côte à côte sur un mur, ou dans un angle. Les bords et l’image ne sont alors, volontairement, pas tout à fait ajustés. De plus en plus encore, elle peint par séries, mais pas au sens de la sérigraphie qui conduit à utiliser un même calque à de nombreuses reprises ; les séries d’Eva Nielsen se composent d’exemplaires uniques, et le calque est chaque fois détruit. D’une toile à l’autre, alors qu’elle en réalise toujours plusieurs en même temps, un coup de pinceau, une ligne de couleur se répondent, et lui donnent l’occasion d’explorer et d’approfondir son travail de peintre.

Eva Nielsen peint entourée de reproductions de tableaux, Braque, Ruysdael, Munch, Matisse se côtoient sur les murs de son atelier retiré du bruit de la ville, un accrochage qui change avec les œuvres en cours. Elle travaille assise par terre, « pour ne pas voir la toile en face », pour éviter tout systématisme ; elle peint même souvent à l’envers. Il n’y a pas de hasards, seulement beaucoup de mal que l’on se donne. Un grand calme émane de ses peintures, au contraire de la fébrilité qui l’anime quand elle travaille. « Peindre c’est faire corps avec l’idée de la mort », dit-elle.

 

Anaël Pigeat

 

 

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