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LOOP ART FAIR

LOOP ART FAIR

25.05.2017 - 27.05.2017

Vernissage

25.05.2017

From 12:00 to 21:00

LOOP ART FAIR

Anne-Charlotte Finel a consacré ses derniers travaux à l’eau dans différents états. Dans La Crue, le protagoniste est l’eau en perpétuelle chute, débordante, accompagnée de la musique électronique de Luc Khedarmand, comme si elle simulait que «l’image sonne». Cette combinaison suggestive d’image et de son produit crée graduellement un effet hypnotique chez les spectateurs, les invitant à la liberté d’une transe, mais créant aussi la sensation de tomber dans un abîme inconnu.

Les prises de vues fixes commencent par une image claire et cristalline dans une teinte intense de bleu. À mesure que le film progresse, la matérialité de ces images est altérée dans ce qui semble être un exercice apologétique dont les images et les défauts médiocres, assombrissent l’écran jusqu’à ce qu’il se fonde dans le noir de braquage. Au fur et à mesure, le jeu des textures évoque la synthèse informatique, transformant l’image de l’abstraction en précision peinte. Ces transitions pourraient nous rappeler les pratiques expérimentales de Steina et Woody Vasulka du début des années 1970. Finel est un exemple de travail basé sur la temporalité quotidienne. Elle filme la nuit, à l’aube ou au crépuscule. Sa méthode de travail consiste à attendre que les choses se produisent, nous invitant ainsi à une anticipation possible, ce qui nécessite une réflexion patiente. C’est dans cet anachronisme, à l’ère de l’hyper-vitesse et de l’image manipulée, réside la réflexion de son film. En elle, elle montre sa capacité à s’attarder sur différentes alternatives et à problématiser la réflexion sur la vérité factuelle.

Les lieux de tournage ne sont jamais révélés, ce qui les convertit en paysages possibles de sa mémoire, ou dans ce que Henry Corbin appelle «le royaume imaginaire». En outre, les images sont modifiées, les couleurs sont manipulées, les pixels apparaissent, ainsi que les défauts. L’image devient un «bâtard illicite de la cinquième génération d’une image originale», comme l’a dit Hito Steyerl, mais aussi une action absolument intentionnelle. C’est dans ce sens que nous pouvons reconnaître La Crue comme un acte de résistance et d’opposition. En cela, la technologie est conçue comme un outil ou un instrument, comme une forme d’agence en soi, capable de générer et de modéliser son propre environnement.

Eugenio Cortés