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ROMETTI COSTALES / Synagogue de Delme

ROMETTI COSTALES / Synagogue de Delme

AZUL / JACINTO / MARINO

17.10.2015 - 28.02.2016

ROMETTI COSTALES / Synagogue de Delme

Le titre de l’exposition, Azul Jacinto Marino est à l’image du travail mené par Rometti Costales depuis huit ans : polysémique, multidirectionnel, équivoque, riche de multiples facettes ou interprétations. Si les termes renvoient au premier abord à trois nuances de bleu, bleu azur, bleu jacinthe et bleu marine, ils évoquent aussi la pierre d’azurite, une plante, la mer et le ciel, oscillant entre ces divers mondes, minéral et végétal, solide et liquide, visible et invisible.

 

Mais Azul, Jacinto et Marino, ce sont également des prénoms et des noms courants en Amérique latine et en Espagne ; et dans la cosmogonie propre aux artistes, c’est le nom d’un personnage à la fois chaman, poète et anarchiste, dont on ne sait plus très bien s’il est réel ou fictif. Ce personnage permet à Rometti Costales de dérouler de multiples fils narratifs et quelques concepts récurrents dans leur travail. Azul Jacinto Marino incarne par exemple le concept d’anarchisme magique (anarquismo mágico) que les artistes ont forgé tel un jeu, à la fois poétique et politique, qui courre d’une exposition à l’autre.

L’histoire de ce concept imaginaire s’appuie sur quelques faits réels : en 1953, un des derniers représentant de la colonne Durruti, faction anarchiste en lutte contre le régime de Franco durant la guerre civile espagnole, part s’exiler en Bolivie. Au coeur de la forêt amazonienne, le combattant décide de construire une micro société anarchiste. De la familiarité qui s’installe avec les tribus amérindiennes voisines, naît une communauté hybride et étrange, mêlant aux thèses anarchistes (sans dieu ni maître, sans loi ni hiérarchie sociale), l’expérience chamanique qui permet d’entrevoir via la transe et la magie une vision non pyramidale du monde, où coexistent de manière égalitaire différentes entités, où l’homme n’est plus au centre du monde mais dans le monde, au même titre que le jaguar, un éclair dans le ciel, le cactus, une nuance de bleu, un mot dans le langage…

Ce qui intéresse les artistes dans cette rencontre entre deux cultures a priori éloignées, c’est la puissance combinatoire de deux systèmes de pensée, l’un politique et l’autre magique.

Ainsi dans le travail de Rometti Costales, la fiction, le mythe et l’imagination sont des outils à même de décupler notre habilité à penser le réel et l’action politique.

Le duo puise par ailleurs dans les thèses de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro qui a développé le concept de multiperspectivisme, selon lequel il s’agit d’envisager une culture commune en regard d’une multiplicité de natures, renversement complet du présupposé dominant de la pensée occidentale, qui pense une nature commune en regard d’une multiplicité de cultures.

C’est pourquoi Rometti Costales invitent dans leurs expositions des « agents » d’origines diverses, qu’ils considèrent comme auteurs de l’exposition à part entière, et qui incluent cette possibilité de perspectives multiples. Ces « agents » pourront être : la lumière changeante du soleil et ses reflets colorés dans l’espace d’exposition, un insecte, une plante, la fumée d’une cigarette… Les artistes se laissent ainsi volontiers guider par l’aléatoire et l’indétermination que ces divers agents impliquent, acceptant l’instabilité fondamentale des objets convoqués.

 

Marie Cozette

Galerie d'oeuvres

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13 juin 2015